92 - Hauts-de-Seine

Lettre ouverte à Brigitte Macron et au Président de la république (et pétition) Emeraude, jeune majeure protégée, menacée d’expulsion

Jeune majeur.e. en formation, c’est aujourd’hui un parcours à risque. A leur majorité, ils, elles peuvent tout perdre, le contrat de travail, la formation, l’avenir. Les préfectures se déchainent et assènent, à un rythme jamais vu, des Obligations de quitter le territoire, Interdictions de retour, et assignations à résidence. C’est le coup de massue tombé sur Emeraude, arrivée en France à 15 ans et demi.
Il faut garantir le parcours de tous les jeunes majeur.e.s.
REGULARISATION !

A Madame Brigitte Macron, et à M. Emmanuel Macron, Président de la république.

« Mon nom est Emeraude, je suis une jeune étudiante et écrivaine de 19 ans, en BTS gestion des petites et moyennes entreprises au campus Montsouris à Paris. D’origine congolaise, je suis venue en France en 2017 à l’âge de 15 ans et demi, suite à une tragédie vécue dans mon pays. Cette année-là, j’ai perdu mon père, assassiné dans une attaque de rebelles à Bunia dans la province d’Ituri. J’ai perdu ma famille et j’ai été envoyée en France pour des raisons de sécurité. Vous savez que dans certains pays africains, l’avenir des jeunes n’est pas la priorité, ils subissent l’injustice et les conflits du gouvernement.

A mon arrivée en France, j’ai été prise en charge par l’Aide sociale à l’enfance 92 et placée dans un foyer de jeunes, une expérience vraiment traumatisante pour mon âge. Je savais que je devais réussir mes études, j’ai obtenu le bac professionnel en Gestion Administration avec mention bien en juin 2020 au lycée Louis Dardenne à Vanves. Jusqu’à la semaine dernière, je préparais mon BTS en alternance dans la société ERI (service au patrimoine) avec laquelle j’ai signé un contrat d’apprentissage pour une durée de 2 ans. Mon employeur était satisfait de mon travail.
Jusqu’à la semaine dernière, car le 21 septembre, j’ai reçu une Obligation de quitter le territoire français, avec une Interdiction de retour sur le territoire français, d’un an, et assignation à résidence, je dois aller signer à la préfecture de Nanterre chaque mardi.
Jusqu’à la semaine dernière, je ne savais rien de toutes ces mesures. Durant un an, j’ai renouvelé mon récépissé qui m’a accordé le droit de travailler, je pensais même que j’irai ce jour-là chercher mon titre de séjour, comme m’y invitait le SMS reçu de la préfecture.

Jusqu’à la semaine dernière, je me voyais un bel avenir, avec la satisfaction de publier un livre que j’ai écrit, intitulé « Train de vie » qui sera publié dans 3 mois.
Jusqu’à la semaine dernière, j’avais des projets, un avenir, des rêves.
Depuis une semaine, j’ai découvert une autre réalité : mes papiers sont mis en doute. Cela fait pourtant quatre ans que l’ASE puis la préfecture auraient pu les vérifier. J’ai découvert aussi que ma situation est celle de dizaines, de centaines d’autres jeunes, venus comme moi pour apprendre, se former, travailler, des jeunes étrangers dont les patrons apprécient le sérieux, l’investissement et le courage.

Madame, vous êtes une mère, vous avez été enseignante, vous connaissez l’importance de l’éducation.
Nous, jeunes étrangers isolés, nous avons un jour décidé de venir dans ce pays, nous avons fait des efforts, nous avons quitté ou perdu notre famille, nous avons eu la volonté de changer de vie et de construire une vie digne. Nos éducateurs, nos voisins, nos professeurs nous ont encouragés.

Nous avons pu saisir, non sans difficultés, cette chance d’apprendre, de trouver un apprentissage, et par notre travail, rendre au pays qui nous a accueillis, une partie de ce qu’il nous a apporté. Ne nous laissez pas perdre espoir, nous voulons et nous pouvons avancer. S’il vous plaît, aidez-nous à construire une vie qui nous a été volée par les circonstances.

Madame, Monsieur le Président, je vous demande au nom des jeunes majeur.e.s étranger.e.s interrompu.e.s comme moi brutalement dans leur formation, de ne pas céder aux paroles fausses de ceux qui ne nous connaissent pas et nous montrent du doigt, et de prendre les mesures réglementaires qui nous permettent à nouveau de croire en notre avenir ici.

Veuillez recevoir, Madame, Monsieur le Président, les salutations respectueuses et pleines d’espoir d’une jeune majeure qui lutte de toutes ses forces, comme tant d’autres, pour avoir une vie meilleure.
Emeraude

Pour l’annulation de cette OQTF indigne, pour la régularisation des jeunes majeur.e.s
signons la pétition

https://www.change.org/SoutienEmeraude