54 - Meurthe-et-Moselle

Textes lus lors des Cercles du Silence 54

Nous archivons dans cet article tous les textes lus lors des Cercles du Silence organisés à Nancy par RESF.

Cercle du 27 septembre 2025

" L’Aide Médicale de l’État : un enjeu de santé publique
pour tous-tes !

En France, l’accès aux soins, de toute personne précaire, y compris des personnes étrangères en situation irrégulière est un enjeu fondamental de santé publique et de justice sociale. L’Aide Médicale de l’État (AME), contribue à garantir cet accès minimal et joue un rôle essentiel pour soigner des personnes malades, qui vivent dans une grande précarité, atteintes de pathologies variées dont les maladies infectieuses comme le VIH, la tuberculose ou les hépatites virales, des troubles psychiatriques mais aussi un large panel de pathologies communes.

Qu’est-ce que l’Aide Médicale de l’État ?
C’est un dispositif qui permet la prise en charge des soins médicaux, de suivi de grossesse et d’hospitalisation, et des médicaments des personnes pouvant justifier de trois mois de présence en situation irrégulière sur le territoire, y compris les enfants. Le panier de soins pris en charge est plus restreint que celui pour les assurés-es sociaux-ales. Les soins remboursés le sont à 100 % dans la limite des tarifs de l’Assurance maladie. Les conditions de ressources pour y avoir accès sont les mêmes que pour la complémentaire santé solidaire (CSS, anciennement CMU-C), à savoir moins de 862 euros mensuels pour une personne seule et de 1 292 euros mensuels pour un couple (applicable au 1er avril 2025).

L’AME permet d’assurer l’accès aux soins, de prévenir l’acquisition et la propagation de maladies, et de promouvoir la dignité humaine pour des personnes cumulant des vulnérabilités. Pourtant, ce dispositif essentiel subit aujourd’hui des attaques répétées dans le cadre de politiques migratoires restrictives, mettant en péril l’accès aux soins pour des centaines de milliers de personnes (439 006 personnes à la moitié de l’année 2023¹).

Face à ces défis, nous, soignants-es, associations et organisations des secteurs de la santé et de la défense des droits humains, réaffirmons notre engagement à défendre ce droit et à plaider pour le renforcement de l’AME. Plus qu’une mesure humanitaire, l’AME est une réponse sanitaire rationnelle et indispensable pour protéger la santé de toutes et tous, prévenir les pathologies évitables et alléger les charges pesant sur notre système de santé

Nos revendications :

  1. Concernant l’AME
     Intégrer l’AME au régime général de l’Assurance maladie sur critère de résidence habituelle. En attendant, (au minimum) renforcer l’AME en assouplissant ses conditions d’octroi (en levant tous les freins : panier de soins, dématérialisation, délais de carence, plafond de revenus) et en garantissant une prise en charge sur l’ensemble du territoire, y compris à Mayotte.
  2. Concernant la prise en charge des frais de santé par l’assurance maladie :
     Supprimer le délai de carence de trois mois pour l’accès aux soins et à l’ouverture des droits à l’Assurance maladie pour les personnes primo-arrivantes en situation régulière.
  3. Concernant les PASS
     Réformer le budget des PASS pour tenir compte de l’augmentation des besoins : actuellement le budget des PASS est plafonné, quelle que soit l’augmentation de la file active et les soins prodigués.
  4. Concernant l’accès à la santé de manière générale
     Proposer un bilan de santé pour les personnes migrantes primo-arrivantes intégrant le repérage de la souffrance psychique et élargi aux questions sociales telles que l’accès au logement, à l’éducation, et aux droits administratifs.
     Mettre en place des dispositifs de santé, indépendants des structures de contrôle, ciblant les personnes migrantes, pour rattraper les retards aux dépistages et solutionner les difficultés de prise en soin, en ayant recours aux services d’interprétariat professionnel et à la médiation en santé.
     Utiliser la médiation en santé et l’interprétariat professionnel en santé comme outils d’amélioration de l’accès aux droits, à la prévention et aux soins des personnes éloignées des systèmes de prévention et de soins.
     Attribuer une carte vitale à toutes et à tous, y compris aux bénéficiaires de l’AME, pour faciliter la télétransmission des informations et lutter contre les refus et le renoncement aux soins.
     Sanctuariser la tutelle du ministère de la Santé sur les questions relatives à la santé des personnes étrangères, sans ingérence du ministère de l’Intérieur.

(texte rédigé et publié par les associations LDH, Emmaüs, Cimade, Aides, Nous toutes, ...)


Cercle du 30 août 2025

"L’odieuse satisfaction de la Préfète

La préfète de Meurthe et Moselle Françoise Souliman vient de quitter ses fonctions le 22 août dernier. Au bilan de ses actions, elle se targue d’avoir mis en œuvre 40% des OQTF (= Obligations de Quitter le Territoire Français) notifiées par les services préfectoraux, ce qui signifie des expulsions dont elle semble fière. Selon les sources de l’Est Républicain, la moyenne nationale est de 20%.
Que la Préfète s’en glorifie fait froid dans le dos. Comment une haute fonctionnaire de l’État peut-elle se satisfaire d’avoir fait souffrir des personnes vulnérables venues demander la protection dans notre pays& ?Dans cette terrible histoire, il y a le fond et la forme.
Pour le fond : un projet de société délétère visant à mettre dehors sans ménagement tous les étrangers.
Dans la forme : une application de ce projet sans aucune humanité.L’avalanche d’OQTF que nous avons observée en Meuthe et Moselle ces derniers mois n’est que la concrétisation d’un projet politique d’extrême droite.

Souvenons-nous du vote de la loi dite « immigration – intégration – asile ». Prétendre parler d’intégration et d’asile en délivrant des OQTF à tour de bras fait preuve d’hypocrisie… quelle obscène mascarade !
Comment les migrants peuvent-ils s’intégrer lorsque l’État leur ferme systématiquement toutes les portes ? Puisque, rappelons le : être frappé.e d’une OQTF interdit dorénavant le nouveau dépôt d’une demande de carte de séjour durant 3 ans. Etre frappé.e d’une OQTF interdit tout projet de vie, même le plus simple, même le plus humble. Etre frappé.e d’une OQTF a pour effet de nier toute sérénité dans le quotidien de votre existence. Etre frappé.e d’une OQTF vous assigne à clandestinité pendant 3 longues années sur le territoire français.
La loi ne prévoit aucune exception.

Pourtant, Madame la Préfète ne peut ignorer les fragiles et parfois inhumaines conditions d’existence des personnes à qui elle délivre ces OQTF. Cela transparaît dans toutes les demandes qui lui sont adressées. Comment peut-elle cultiver et revendiquer l’agréable sentiment d’avoir accompli son devoir& ? Qui sont ces hauts fonctionnaires qui obéissent aveuglément à leur Ministre sans aucun scrupule ? A qui ressemblent-ils, ces hauts fonctionnaires qui font du zèle dans leur abjecte besogne ?

La circulaire Retailleau sur l’Admission Exceptionnelle au Séjour est très claire. Tout refus de titre de séjour ou de renouvellement est systématiquement doublé d’une OQTF. On ne regarde même plus les conditions des personnes concernées. Ces mesures ignobles touchent les plus vulnérables : des personnes âgées, des enfants et des adultes handicapés, des familles avec parfois des très jeunes enfants. Des jeunes aussi, parfaitement intégrés, en CDI (si si, ça arrive). Parfois ces jeunes sont arrivés mineurs à Nancy, y ont vécu plusieurs années, et subissent une OQTF.

Même si les personnes peuvent exercer leur droit de recours en cas d’OQTF, cela tombe comme un couperet. Ces OQTF plongent les gens dans la détresse morale et physique ; Dans la nuit et le brouillard. Leur avenir devient un mur ; pire, leur avenir ne s’apparente plus qu’aux murs d’une prison, dont la Préfète semble ravie d’ériger les barreaux.

Madame la Préfète, votre bilan est catastrophique ! Votre passage à Nancy est à marquer d’une croix noire. Vous avez maltraité des centaines de personnes alors que votre mission était de les protéger. Vous les avez jetées à la rue, bafouant ainsi les fondamentaux de notre République. Vous les avez privés de la Liberté, de l’Egalité, de la Fraternité que ces personnes étaient en droit d’attendre de notre Pays. Pour ce qui concerne la Fraternité, Madame la Préfète, sachez que le monde associatif et militant meurthe et mosellan continuera à lui faire la part belle. Nous continuerons à tout faire et à nous battre pour que vos successeurs soient à la hauteur de nos valeurs."


Cercle du 26 juillet 2025

"RESISTONS

Lorsqu’on oublie que, derrière des étiquettes (celle de migrant notamment, mais ce pourrait être n’importe quelle autre...), nous avons affaire à des êtres humains, lorsqu’on s’arme de ces étiquettes pour rogner sur les droits fondamentaux de la personne et justifier l’injustifiable, c’est la barbarie et la banalisation du mal qui s’installent.

Lorsque la misère intellectuelle, la bêtise et la souffrance même se découvrent une nouvelle dignité sous les drapeaux de la haine de l’autre, lorsque nos politiques et la presse elle-même s’emploient chacun tour à tour à flatter la bête immonde dans l’espoir d’en récolter quelques suffrages, c’est encore la barbarie et la banalisation du mal qui s’installent.

On ne compte déjà plus tous les rouages bien huilés qui chez nos législateurs, dans nos administrations et dans nos tribunaux s’emploient à légitimer l’injustifiable en "ne faisant que leur travail" dans l’oubli désastreux de tous les témoignages du passé et de toutes les conventions internationales qui se sont efforcées de tenir à distance la barbarie.

Ne venez pas, après cela, à nouveau raconter que vous ne saviez pas ! Ce sont des hommes, des femmes et des enfants que nous jetons à la rue, à qui nous dénions tout droit, même parfois celui d’avoir simplement une identité. Ce sont des hommes, des femmes et des enfants qui sont stigmatisés, insultés, réprouvés.

Au nom d’un réalisme politique immonde, au nom de soi disant impératifs économiques suprêmes, nous avons jeté dans la misère des millions d’êtres humains d’ici et d’ailleurs ; nous les avons spoliés, dénigrés et humiliés, lorsqu’on ne les a tout simplement pas massacrés. Et en chemin, nous avons aussi détruit notre planète. Et maintenant que tout ce réalisme politique et ces impératifs économiques peinent à masquer l’injustifiable, il ne nous reste plus que la haine de l’autre, le migrant comme souffre-douleur et bouc émissaire...

Nous, associations solidaires, appelons à la résistance ! Nous rejetons comme indignes tout propos et toute attitude qui tendraient à justifier l’injustifiable. Ne fermez pas les yeux, même si l’horreur qui est en marche doit vous crever le cœur. Rappelez-vous à votre propre humanité, à l’humanité qui est en chacun de nous, comme le seul socle sur lequel nous pouvons rester dignes et nous élever. Refusez la fatalité de la misère et du désespoir comme un devoir qui nous incombe pour nous-mêmes comme pour autrui. Et partout où vous vous trouvez, tendez la main à ceux qui en ont besoin, quels qu’ils soient. Réinventons l’amitié, la solidarité et le courage comme les seuls fondements sur lesquels nous voulons construire notre société.

Associations signataires :
 Collectif RESF27,
 CEFED ASTI Evreux,
 Amnesty international Groupe 175 Evreux,
 Un Toit sous la main,
 LDH Section d’Evreux
 Collectif Chabatz d’entrar de Limoges
 Collectif 113, Marseille"


Cercle du 31 mai 2025

"Lors d’une permanence de la LDH il y a quelques semaines, une personne, mère de famille, dont les enfants vont à l’école à Nancy depuis la maternelle, et qui s’était vu délivrer une OQTF après 8 ans de présence en France, a dit à propos de la Préfète : Cette dame est méchante et en parlant du gouvernement, Ils sont méchants avec nous. Pourquoi ? On ne leur a rien fait.

Souvenons-nous de ce qu’avait déclaré l’ancien ministre de l’Intérieur Gérard Darmanin lors de la préparation de la Loi sur l’Immigration le 2 novembre 2022. Je cite : « Nous devons désormais être gentils avec les gentils, les étrangers qui veulent travailler en France, respecter nos règles, parler notre langue, être amoureux de notre drapeau, et être méchants avec les méchants ; c’est à dire ne pas accepter que quelqu’un qui ne veut pas s’intégrer, qui ne respecte pas nos règles , qui commet des actes de délinquance ne doit pas rester sur le sol national. »
Et il ajoutait : « Moi, je ne fais pas de lien entre immigration et délinquance. »

Pourtant, le Ministre de l’Intérieur actuel et ses représentants dans les départements ont fait ce lien puisque par leurs décisions iniques sous le seau du pouvoir discrétionnaire, ils ont l’air de considérer que tous les étrangers sont des délinquants.

Ces décisions sont totalement absurdes, irresponsables, populistes, inhumaines et surtout délétères.

On assiste depuis plusieurs mois à un délire de procédures pernicieuses prises à l’encontre des personnes étrangères, procédures toutes plus catastrophiques les unes que les autres, les plongeant dans des souffrances sans nom.
Je cite en vrac : une avalanche d’OQTF, puisque les refus de titre de séjour sont systématiquement accompagnés d’OQTF
Ces OQTF sont délivrées sans étude correcte des dossiers
 à des jeunes qui travaillent après un parcours exemplaire de formation et d’insertion professionnelles de plusieurs années, à des personnes âgées présentes en France depuis plusieurs années,
 à des personnes qui travaillent régulièrement et qui déclarent leurs impôts
 à des pères et mères de famille dont leurs enfants suivent leur scolarité et qui ne parlent parfois même pas la langue natale de leurs parents, à des mères seules avec un bébé,
 à des personnes handicapées ou malades qui ne peuvent pas être prises en charge dans le pays qu’elles ou ils ont fuit
Une avalanche d’expulsions des hébergements avec des personnes vulnérables qui se retrouvent à la rue, accompagné parfois de chantage,
Une hypocrisie par la publication d’une liste des métiers en tension qui donne une bonne conscience et nous fait croire que la politique migratoire est empreinte d’humanité,
Le refus systématique d’hébergement d’urgence pour des sans-papiers auquel s’ajoute une perte de places fortement probable de 140 places d’hébergement d’urgence sur Nancy. Ce scénario pourtant connu des services de l’État n’a pas été anticipé et tout est fait pour que cette situation reste en l’état.
Et des enfants, des femmes et des hommes qui meurent encore dans la Manche, dans la Méditerranée et dans l’océan atlantique, ne les oublions pas.

Tout cela intervient dans un climat néfaste où l’État de Droit est de plus en plus remis en question, où les valeurs humaines et républicaines ne sont plus respectées, y compris au plus haut niveau du gouvernement.
Les étrangers qui vivent dans notre pays et qui souhaitent simplement qu’on les considère comme des êtres humains à part entière en font les frais tous les jours.
Ces mesures n’apportent que de la souffrance inutile. C’est désolant ! Et nous devons toutes et tous crier haut et fort : ça suffit !
Pour cela, nous vous donnons rendez-vous le 20 juin à l’occasion de la journée internationale des réfugiés Place Simone Veil à 17h30. Ce rassemblement sera suivi du film « Save our soul » au Cameo Commanderie.
Ateliers de fabrication de pancartes : Mardi 10 et jeudi 12 juin entre 14h et 18h à la Maison Bonnet."


Cercle du 27 février 2021

Le bulletin de notes

J’embarque pour la France
Cette terre d’espérance
Où je ferai je pense
Une forte impression
J’ai les idées en place
Et jamais ne me lasse
En premier de la classe
D’apprendre mes leçons

Le complémént d’objet
Le verbe et le sujet
Le participe passé
Ça ne me fait pas peur
Les maths et la physique
Les réactions chimiques
Et même la musique
Je connais ça par coeur

Papa j’aurais voulu que tu sois fier
Maman, qu’est ce qu’il fait froid dans cette mer
J’avais cousu c’est bête
Au revers de ma veste
Mon bulletin de notes
Qu’ont-elles fait de mes rêves
Ces vagues qui m’enlèvent
Ces vagues qui m’emportent

Walaï Mali ka di n’ye
Faantan jigi ye Ala ye
Walaï Mali ka di n’ye
Barika Ala ye
[Traduction du refrain en bambara :
Dieu sait combien j’aime le Mali
Dieu est l’ami des pauvres
Dieu sait combien j’aime le Mali
Que Dieu soit remercié (loué)]

J’ai quitté mon pays
Dans ce bateau pourri
Mais la chance m’a souri
Mon coeur est plein d’espoir
Car je n’ai qu’un seul rêve
Comme tous les bons élèves
C’est d’apprendre sans trève
Du matin jusqu’au soir

L’histoire et la géo
Les devoirs de philo
Et même les interros
Ça ne me fait pas peur
L’océan Atlantique
Les courants des tropiques
Au large de l’Afrique
Je connais ça par coeur
Papa j’aurais voulu que tu sois fier
Maman, qu’est ce qu’il fait froid dans cette mer

Qu’est-il donc arrivé
À ce précieux carnet
Que j’avais emporté
En guise de passeport
Quelques pages mouillées
Que l’on a retrouvées
Sur le corps d’un noyé
Allongé sur le port

Amère destinée
Mon rêve est terminé
Avant de commencer
Retour vers le néant
Mon Dieu à quoi ça rime
Cette mort anonyme
Perdu dans les abîmes
Au fond de l’océan
Papa j’aurais voulu que tu sois fier
Maman, qu’est ce qu’il fait froid dans cette mer